Lettre ouverte aux élu-e-s PS du Finistère

Publié le 17 Janvier 2013

La coordination 29 des collectifs contre l’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes et des comités de soutien à la ZAD
se mobilise et interpelle les élu-e-s socialistes dans le cadre de l’Assemblée Générale de l’UESR29 du 18 Janvier à Pont-de-Buis

A Notre-Dame-des-Landes (au nord de Nantes), voilà 40 ans que les pouvoirs publics veulent imposer un nouvel aéroport. Jean-Marc Ayrault (ancien maire de Nantes et premier ministre) en a fait son fer de lance et a confié la construction à Vinci, renforçant à l'aide de fonds publics la mainmise du groupe sur les infrastructures de transport. Ce projet gigantesque, coûteux, et prisonnier d'une logique productiviste entraînerait la destruction de 2000 hectares de terres agricoles, de zones humides, de bois et d'habitats.
Depuis cet automne, suite à l'expulsion d'habitants et la destruction de maisons par les forces de l'ordre, le mouvement de contestation s'est amplifié (manifestation de 40 000 personnes, reconstruction de cabanes...).

Près de 200 comités de soutien se sont créés aux quatre coins de l'hexagone. Dans le Finistère, une dizaine de comités ont vu le jour. Les actions de solidarité se multiplient : tractages, réunions publiques, projections, interpellations d'élus, concerts, manifestations, actions Vinci, collecte de matériel, construction de cabanes,etc.

« Notre-Dame-des-Landes (NDDL) est désormais le symbole de la résistance à un modèle de développement que beaucoup jugent inadapté aux enjeux actuels et l’emblème de ces «grands projets inutiles», alors que l’argent public se fait plus rare. Au regard des événements récents et des manifestations qui se déroulent depuis de longs mois, la résistance se fédère et sa détermination grandit. (…)

La réponse d’un gouvernement de gauche ne peut en aucun cas consister en une répression brutale et disproportionnée, fût-elle légale. Car elle accélère la rupture entre notre gouvernement et une partie non négligeable des citoyens en prenant le risque toujours possible d’un drame. Et n’utilisons pas l’argument fallacieux selon lequel, ayant voté localement pour des élus favorables au nouvel aéroport, les habitants ne seraient plus en mesure de contester ce projet. Ce serait faire injure aux électeurs et adopter une vision restrictive de la démocratie. D’ailleurs, l’UMP est également favorable à ce nouvel aéroport, contrairement à la majorité des forces de gauche et des milieux associatifs. Affirmer que la population locale serait pour ce projet sous prétexte qu’une majorité des élus régionaux le sont n’est que pure spéculation. (…)

Notre parti ne peut pas continuer à regarder en spectateur ce qui se passe à NDDL, au risque de laisser le gouvernement s’embourber dans ce qui pourrait être un nouveau Larzac. Les difficultés économiques et sociales auxquelles les Français sont confrontés n’autorisent pas la gauche à ouvrir un nouveau front avec cette population qui devrait être notre alliée dans ce combat contre la droite et ses partenaires économiques. Peut-on reprocher à ces opposants, souvent jeunes, de s’intéresser à la chose publique, d’expérimenter et de proposer d’autres formes de vie commune, faites de coopération et de solidarité, à l’opposé du néolibéralisme que nous combattons ? (…)
Rien ne serait pire qu’un passage en force entraînant une victoire à la Pyrrhus aux séquelles durables. Contrairement à certaines déclarations, tous les recours juridiques, au niveau français ou européen, n’ont pas encore été rejetés et pourraient ne pas l’être. Six au moins, dont quatre sont susceptibles de bloquer le projet : recours devant le Conseil d’Etat ; au Parlement européen pour non-respect des directives européennes et recours possible au regard de la loi sur l’eau et sur le fondement de la destruction d’espèces protégées. Une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne rajouterait l’humiliation au désaveu. (…) »



Ces propos lucides sont ceux de plusieurs membres du Conseil national du PS et du mouvement socialiste Utopia, s’exprimant par la voie d’une tribune publiée le 13 décembre dernier dans le quotidien national Libération.


D’autres militant-e-s PS que nous rencontrons de plus en plus nombreux, en Bretagne, en Loire-Atlantique comme ailleurs, nous font part avec désarroi du manque de dialogue et de débat, voire de l’omerta qui règne sur ce sujet au sein de votre parti.

Composés de milliers de citoyen-ne-s Finistérien-ne-s, nos collectifs contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et comités de soutien à la ZAD - de Brest, du Cap-Sizun, du centre Bretagne, de Concarneau, de Douarnenez, de Morlaix, de Quimper, de Quimperlé, du Pays Bigouden, de Landerneau, ainsi que Copain 29 et le collectif Reuz Ha Stourm, vous interpellent publiquement, élu-e-s Finistériens PS :

En premier lieu,

- Alors que Nantes Atlantique est loin d’être saturé, que l’aéroport d’Angers tourne en sous-capacité, que le schéma aéroportuaire breton que nous attendons depuis des années n’est toujours pas élaboré et qu’il existe des alternatives techniques concernant l’exposition au bruit des habitants de l’agglomération nantaise, comment pouvez-vous défendre auprès de vos concitoyen-ne-s un aménagement qui favorisera la concentration des activités sur l’est de la Bretagne ? Que seront la Bretagne occidentale et le Centre Bretagne si les activités se concentrent vers les métropoles de Rennes et de Nantes ?


- Comment justifiez-vous que 250 millions d’euros d’investissement public, pour la seule plate-forme aéroportuaire, sont une nécessité quand on demande au même moment aux citoyens, entreprises et collectivités locales de faire un effort sans précédent pour redresser les finances de notre pays ?


- Comment pouvez-vous accepter la disparition de 2 000 hectares de terres agricoles et naturelles, de 40 exploitations agricoles quand dans le même temps, dans d’autres instances parlementaires, vous déplorez la baisse inquiétante du nombre de paysans et le gaspillage dramatique du foncier en Bretagne ?


- Comment pouvez-vous accepter le passage en force de ce projet, avec un recours à la violence sur vos concitoyens indigne de notre démocratie : utilisation d’armes dites « non-létales » (grenades, flash-ball...) fabriquées ici même dans le département, à Pont-de-Buis par le groupe NOBEL SPORT, et qui ne cessent de mutiler les corps, sur la ZAD comme ailleurs ?

En second lieu,

- Au-delà du questionnement sur l’utilité même de cette infrastructure aéroportuaire, il nous apparaît tout aussi important de vous interpeller quant aux mécanismes de décision et à l'exercice de la démocratie au sein de ce dernier : sincérité des documents produits à l'enquête publique, qualité et indépendance des études d'impact, manque d'analyse systématique d'alternative pour chaque projet.

Autant d'éléments indispensables pour que chaque citoyen-ne puisse se faire une opinion raisonnable d'un projet et porter une véritable appréciation, et que s'exerce ainsi une véritable démocratie ainsi qu’une analyse complète et critique des projets pour conduire au meilleur choix de la part des responsables.

A ces questions, nous serons heureux de venir entendre vos réponses, dans le cadre de l’Assemblée Générale des élus socialistes et républicains du Finistère, ce vendredi 18 janvier prochain à Pont-de-Buis.

Pour notre part, nous sommes à votre disposition pour débattre. Admettre aujourd'hui que ce projet déjà ancien n'a plus lieu d'être au regard des enjeux actuels, ce n'est pas renoncer mais au contraire faire preuve de raison, de responsabilité, d'esprit d'ouverture et surtout d'une capacité à construire l'avenir de notre territoire.

Rédigé par Collectif du Pays de Morlaix contre l'aéroport de Notre Dame des Landes

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