Notre-Dame-des-Landes : la démocratie en question

Publié le 11 Décembre 2012

Tribune parue dans LE MONDE | 05.12.2012

La connaissance et la conviction. Dès que le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes fut ressorti de la poussière des armoires où il dormait, au début des années 2000, beaucoup d'habitants de la zone concernée manifestèrent leur incompréhension.

L'ACIPA (Association citoyenne des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes) fut créée et l'ADECA (Association de défense des exploitants concernés par le projet d'aéroport) fut réactivée. Dans cette dernière, beaucoup d'agricultrices et d'agriculteurs reprenaient le flambeau de leurs parents qui avaient lutté contre ce même projet trente ans plus tôt.

Ces associations furent bientôt rejointes par de nombreuses organisations : associations, partis politiques et syndicats. On compte aujourd'hui 45 organisations, regroupées dans la coordination des opposants au projet.

Leurs militants ont travaillé à la connaissance du projet et du domaine des transports sous un grand nombre d'aspects : besoins pour les déplacements à moyennes et longues distances, coordination des différents modes de transport, environnement, aménagement du territoire, conséquences économiques et sociales, géologie des lieux, problématique de l'énergie, bases juridiques du projet...

D'importantes recherches ont été faites et se poursuivent, diffusées largement sur Internet et lors de nombreuses réunions d'information dans les régions Pays de la Loire et Bretagne. Des solutions alternatives ont été proposées. Cela a donné lieu à un partage fructueux des savoirs et des savoir-faire.

Avec ou sans diplôme, chacun a pu bénéficier des expériences et des connaissances des autres. Sans vraiment que ses acteurs le veuillent, la contestation du projet d'aéroport est devenue une véritable université populaire, et si elle n'avait été que cela, elle aurait déjà pu être un objet de fierté pour ceux qui ont participé à cette grande aventure humaine.

La doxa et les approximations. Du côté des partisans du projet, il y a la croûte supérieure du milieu patronal. La grande majorité des petites entreprises, qui forment le maillage essentiel de l'économie régionale, reste sceptique ou totalement indifférente. Il y a surtout des politiciens qui ont oublié qu'ils ne sont pas propriétaires du pouvoir mais qu'ils en sont seulement les dépositaires.

Derrière leurs leaders, suivent les élus de base qui sont appelés à l'obéissance. Ils pratiquent volontiers le prosélytisme avec une argumentation sommaire qui relève le plus souvent d'une doxa de comptoir d'estaminet. On y trouve aussi quelques doctrinaires nostalgiques d'un productivisme obsolète dont on sait hélas sur quelles catastrophes humaines et écologiques il a débouché.

A aucun moment, ils n'ont pu apporter de preuves pertinentes de la nécessité d'investir dans la construction d'un nouvel équipement. Nantes Atlantique, l'actuel aéroport de Nantes a reçu en septembre 2011 le trophée ERA Award de meilleur aéroport européen. Il est classé en catégorie A par la Direction générale de l'aviation civile, c'est à dire parmi les aéroports qui ne posent aucun problème particulier, comme le confirment de nombreux professionnels du transport aérien.

L'augmentation de la capacité des avions et les objectifs de rentabilité des compagnies aériennes aboutissent à un très faible accroissement du nombre de mouvements (atterrissages et décollages). Seuls l'aérogare et les parkings sont concernés par la croissance du nombre de passagers, ils peuvent parfaitement être agrandis si nécessaire.

La prochaine saturation de l'équipement existant, souvent invoquée, est donc un prétexte fallacieux qui ne résiste à aucune analyse sérieusement argumentée.

Une concertation "pour la forme". La prétendue concertation dont parlent les partisans du projet constitue une véritable imposture. En 2003, s'est déroulé le débat public ; en 2006, l'enquête publique généraliste et en 2012, l'enquête sur la compatibilité du projet avec la loi sur l'eau. En 2003, la Commission du débat public a décidé de s 'en tenir au thème de la saturation de Nantes Atlantique, négligeant la présence de 15 autres aéroports dans l'Ouest, alors que le cabinet Cosynergie concluait à la non-saturation physique des structures existantes.

En ce qui concerne l'enquête publique de 2006, nous savons depuis l'expertise économique indépendante réalisée en 2011 par le cabinet CE Delft à la demande du CéDpa (Collectif des élu(e)s qui doutent du projet d'aéroport). que les documents de l'enquête étaient plus que tendancieux et que le projet n'est en fait pas rentable.

Avec l'enquête en relation avec la loi sur l'eau, on a atteint des sommets dans le cynisme. L'Etat a proposé un processus qui aboutirait à détourner la loi, tandis que les opposants ont déposé des contributions d'une richesse et d'une pertinence exceptionnelle montrant de multiples incompatibilités avec de nombreux articles de cette loi sur l'eau. Quelques contributions favorables au projet furent déposées, la plupart d'entre elles n'étaient en fait que la copie d'une lettre circulaire issue d'une organisation patronale et n'ayant strictement aucun rapport avec l'objet de cette enquête publique.

Malgré cela les commissaires enquêteurs ont accordé un nouveau quitus au projet, l'accompagnant néanmoins de deux réserves importantes. Comment dans de telles conditions accorder du crédit à ces consultations ? Ceux qui les ont organisées ont certes respecté la lettre de la loi mais ils en ont aussi bafoué l'esprit en permanence. Peut-être auraient-ils dû méditer sur ce court extrait de l'Esprit des lois de Montesquieu "Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi mais elle doit être loi parce ce qu'elle est juste".

Rédigé par Collectif du Pays de Morlaix contre l'aéroport de Notre Dame des Landes

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