Porteur de paroles sur le marché de Morlaix le 8 décembre

Publié le 25 Décembre 2012

Porteur de paroles sur le marché de Morlaix le 8 décembre

Le 8 décembre, pour la journée de lutte contre les grands projets inutiles et imposés, le comité morlaisien de soutien à la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a organisé un porteur de paroles sur le marché de Morlaix. Le principe : échanger avec les passant-E-s à partir d’une question posée, pour créer du débat dans les lieux publics. Une fois la conversation terminée, on se met d’accord sur une phrase qui résume ou qui ressort de l’échange, et on l’affiche… A la fin, nous disposons d’une magnifique exposition de phrases citoyennes sur le sujet choisi !

L’intérêt du porteur de paroles est d’inviter les citoyen-NE-s à oser s’exprimer dans l’espace public, et à considérer que leur opinion est tout aussi intéressante que celle des autres : une grande partie des gens avec qui nous avons parlé commençait par nous dire « je ne m’y connais pas » ou « je n’ai rien à dire là-dessus »… Avant d’engager une conversation d’1/4 d’heure sur le sujet !!

Après une longue soirée d’hiver consacrée à concocter puis à choisir collectivement une question, celle-ci a été retenue ; « grands projets public : à qui profite « le crime » ? A nous ? », pour son côté humoristique et ouvert, ne concernant pas que le projet d’aéroport. Si ce choix peut à posteriori être quelque peu remis en question, notamment parce qu’il rallie la lutte de Notre-Dame et l’idée de crime (« Crime, c’est pas un peu fort, non ? Lna, 33 ans »), et qu’il oriente dès le départ le débat, nous étions toutefois enthousiastes….

Une dizaine de membres du comité s’est donc retrouvée de bon matin samedi pour partir à la rencontre des passants… Si nous avions volontairement choisi de ne pas évoquer la thématique de l’aéroport dans la question choisie, celle-ci a toutefois très rapidement refait surface dans les échanges avec les passant-E-s… Qui nous ont très rapidement identifiés comme membres du comité local (on se demande pourquoi ?!).

Différentes thématiques ressortent des discussions, notamment le caractère public et démocratique de ces grands projets, la préservation de l’environnement, et la construction d’alternatives. Dans ce compte-rendu, les phrases en itallique sont toutes issues des paroles des passant-E-s.

Quelques exemples de grands projets ont tout d’abord été cités : l’extraction des dunes de sable sous marines, le musée du Louvres sur les corons, le port du Diben….

Porteur de paroles sur le marché de Morlaix le 8 décembre

« Grands projets publics ? Pour qui ? Qui les décide ? Qui y gagne ? »

Intérêt public / intérêts privés.

La thématique du service public et de l’intérêt général est très fortement ressortie des phrases écrites par les passants. La question des privatisations et des délégations de service public a notamment été très présente : « on vend les routes au privé alors qu’elles ont été construites par de l’argent public. Et c’est eux qui empochent les sous publics. Anonyme, 70 ans. »

« De plus en plus de projets publics sont privatisés… ça a un impact direct notamment sur l’emploi… A la manufacture par exemple… Si c’est ça le progrès, on est mal partis ! Anonyme, 75 ans »

« Le crime profite aux entreprises privées, bien sûr ! Sabine »

La plupart des interviewés considérait donc que dans le cadre de certains grands projets, notamment celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’Etat se déseng age pour laisser la place à des investisseurs privés, qui jouissent ensuite des bénéfices qui auraient pu incomber à l’Etat.

« L’intérêt public : l’intérêt de certains ou du plus grand nombre ? » Sylvie, 51 ans

L’intérêt public et les inégalités ont souvent fait surface dans le discours des passant-E-s. En effet, ils questionnent le fait que de tels projets bénéficient réellement à la majorité des citoyens : « L 'aéroport de notre dame des landes = projet d’utilité publique ? Mais utile à qui finalement ? A vous ? A nous ? Manue, 31 ans »

« Un aéroport pour les riches et un charter pour les pauvres ?». Ils affirment se sentir exclus de ces projets, qui ne leur apportent rien : « ça ne sert pas à nous souvent. Plutôt aux gens qui ont des intérêts financiers. », et vont jusqu’à ressentir de la colère face à ces décisions : « ça inspire mon côté dévastateur. Ça profite toujours aux mêmes ! Marc , 39 ans ».

Porteur de paroles sur le marché de Morlaix le 8 décembre

Projets publics et place des citoyens

Les passant-E-s questionnent également leur place dans ces grands projets, et in fine le caractère démocratique des décisions qui engagent des sommes importantes et des répercutions économiques, écologiques qui peuvent être considérables. Un passant interpelle les autres : « Public, ça veut dire que tout le monde participe à la décision ? Vous sentez-vous concernés ? »

D’autres affirment leur souhait d’être associés à ces décisions, de prendre réellement une place de citoyen-NE-s dans le cadre de ces grands projets qui reflètent finalement des choix de société déterminants pour l’avenir. Andrée, 88 ans, affirme qu’il faut donner la « priorité aux habitants locaux pour décider de l’utilité d’un projet», se retrouvant sur ce point avec Charlotte, 23 ans, qui déclare : « j’aimerai que l’aménagement urbain fasse l’objet de discussion avec les habitants concernés par les-dits aménagements. »

Hervé, « 80 balais », est quant à lui plus véhément : « Les crânes d’œufs en souliers vernis qui nous dirigent, la France d’en bas ils n’en ont rien à faire ! »

Préservation de la nature et des terres agricoles.

La dimension écologique de ces grands projets apparaît également dans les phrases laissées par les passant-E-s. Chalotte, 23 ans, interroge : « les avions sont-ils utiles et les carottes nécessaires ?»

« Je suis fils d’agriculteurs, et je n’aurai pas aimé, à l’époque, qu’on nous prenne nos terres comme c’est le cas à Notre-Dame-des-Landes. Il y a quelque chose de pas normal là-dedans. »

« Notre-Dame… Moi je préfère garder la nature… De toute façon je n’ai jamais pris l’avion ! Anonyme, 82 ans ». Cette citation nous ramène à la question d’à qui bénéficient ces aménagements… Cette femme affirme voir très bien l’intérêt de la nature qui l’entoure et dans laquelle elle peut se promener, et beaucoup moins celui d’un aéroport… Qu’elle ne fréquentera jamais !

Le caractère peu écologique de ces projets est mis en parallèle avec le coût faramineux de ces derniers : « ce qui me choque c’est tous ces milliards qui sont dépensés pour des projets de développement non durables ! Julien, 26 ans ».

« La terre est un bien commun menacé par des intérêts privés. Ayrault-Vinci travaillent contre le bien commun. Yves, 55 ans. »

Porteur de paroles sur le marché de Morlaix le 8 décembre

La lutte contre certains grands projets publics

Participation à la lutte.

Le sujet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes étant omniprésent dans nos échanges avec les passant-E-s, la question de la lutte a fréquemment été abordée. Certains sont enthousiastes, et souhaitent encourager cette lutte : « Mais la jeunesse est là… Lucide… et certains résistent à une bande de CRSS… Et ils tiennent !! » « Les petits lapins, les manifestants, les habitants… Bah, laissez les vivre !! Sylvie, 53 ans »

D’autres s’interrogent, notamment sur les représentations qu’ils peuvent avoir de ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes : « Quelle place pour les non extrémistes dans les luttes ? Adèle, 21 ans ». Cette phrase résume ce qui peut transparaître de cette lutte dans les médias, qui peut également effrayer…

Enfin, d’autres citoyens sentent qu’ils n’ont aucun impact sur le fonctionnement de la société, et affirment : « nous on ne participe plus à rien… On se sent les dindons de la farce. Du coup on reste à notre niveau individuel, parce que le collectif, ça sert plus à rien. La société devient individualiste, et nous on fait comme elle ! C’est pas dommage, c’est juste comme ça ! ». Ces dernières paroles résonnent donc avec le questionnement du caractère démocratique de ces grands projets, et du sentiment du manque de pouvoir des citoyens qui peut les conduire à ne plus chercher à participer à la vie publique…

La construction d’alternatives.

Le fonctionnement public actuel, à partir de grands projets, a donc été vivement questionné par les passants. « Ils sont tous comme des chiens : ils lèvent la patte avec leurs projets. »

« Et si les grands projets inutiles apparaissaient crédibles aux yeux de la majorité parce que nos solutions alternatives n’étaient pas suffisamment élaborées… Pour être crédibles ? »

La demande d’alternatives, de construction d’une société différente ressort clairement des échanges avec les passants… Cependant, ils semblent être en attente de propositions : comment alors les amener à les construire ensemble ?

En partant, nous avons bien sûr veillé à laisser un petit présent à Vinci : quelques petites phrases à l’entrée du parking, qui feront réfléchir les prochains clients !!

« Vinci, vinlà, va nulle part ! »

Rédigé par Collectif du Pays de Morlaix contre l'aéroport de Notre Dame des Landes

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